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Tout savoir · Hiver

La rusticité des pawpaws

Parlons un peu rusticité et pawpaw. C'est tout de même un sujet bien important pour cette aventure qui est nouvelle pour plusieurs.

Comme pour certains autres arbres que nous n'avons pas l'habitude de faire pousser ici, très peu de tests de rusticité ont été faits, et leur résistance au froid telle que décrite dans la littérature est parfois loin de leur résistance réelle. Par exemple, mes deux séquoias géants, qui en sont à leur troisième année ici, ont très bien survécu sans protection et sans couvert de neige. Selon ce qu'on lit sur eux, ils ne devraient pas survivre.

Je plante des pawpaws depuis quatre ans. Les seuls qui sont morts sont un que j'ai oublié d'arroser à sa première année, et des semis de graines qui venaient de plus au sud et que j'avais gardés en pot, sous un tas de feuilles, pour leur premier hiver. Ils sont tous morts. L'unique provenant d'une graine de l'Ontario, qui les accompagnait dans les mêmes conditions, a survécu sans problème. Je l'ai encore aujourd'hui.

Pawpaw vigoureux au feuillage dense, planté en pleine terre sans protection
En zone 5, aucun arbre en pleine terre n'est protégé : ceux qui restent sont ceux qui tiennent.

Un arbre qui s'adapte vite

Plusieurs pépinières ont importé des États-Unis, dans le passé, des arbres qui n'ont pas survécu à nos hivers (particulièrement en zone 4). Avec raison, ça en a découragé plus d'un, et les mauvaises nouvelles voyagent vite. Cependant, il ne faut pas oublier que le pawpaw est un arbre qui sait s'adapter, et très vite. Ce n'est pas pour rien qu'il s'agit d'un fossile vivant, qu'il nous accompagne depuis plus de 50 millions d'années, qu'il a passé à travers la période glaciaire et qu'il a pu monter autant au nord, avec l'aide des Autochtones. Les asiminiers se retrouvent encore à l'état sauvage en Ontario, et il y a des preuves qu'ils étaient historiquement cultivés en Nouvelle-Écosse. Je suis persuadé qu'ils étaient aussi cultivés au Québec, et que ce que nous faisons aujourd'hui est le travail qui avait déjà été fait par les Autochtones avant nous.

En une seule génération, l'arbre donne à sa progéniture une résistance déjà beaucoup plus grande. L'arbre lui-même gagne en résistance au froid avec les années. En protégeant un petit arbre plus sensible pour ses 2 ou 3 premiers hivers, on se retrouve ensuite avec un arbre beaucoup plus fort, à même de survivre à notre climat. Si on part d'arbres ou de semences venant de plus au nord, on débute avec une longueur d'avance.

Je vais quand même planter des graines du sud, car il s'agit de belles variétés et que toutes les graines de pawpaw sont précieuses pour moi. Cependant, je m'attends à en perdre quelques-unes ici, en 5b, ou à en avoir qui se portent moins bien. Mais la nature est telle que, parmi celles-ci, la loterie génétique pourrait me donner un ou des champions. Il faut juste savoir dans quoi l'on s'embarque, afin de ne pas être déçu.

Zone 4, zone 5 : ce que j'observe

En zone 4, un pawpaw de provenance assez nordique, protégé (par un couvert de neige ou autre) pendant ses 2 ou 3 premiers hivers et dans un lieu à l'abri des grands vents, pourra bien se porter et donner des fruits. Il faudra espérer ne pas avoir de gel trop hâtif à l'automne, pour que les fruits se rendent bien à maturité. En zone 5, comme moi, je ne protège pas mes arbres en pleine terre et aucun n'est mort. J'en ai quelques-uns qui ont gelé l'hiver et sont repartis du sol leurs deux premières années, jusqu'à ce qu'ils deviennent plus forts et que ça n'arrive plus.

J'ai planté l'année passée des arbres de 5-6 ans à racines nues. Ils provenaient du sud de l'Ontario, en zone 7 ! C'était très risqué selon moi. Fidèle à mes habitudes, je ne les ai pas protégés non plus, car je veux des arbres qui survivent ici, et je préférais les laisser mourir que de les protéger artificiellement. L'hiver dernier a été en général très chaud ici. Cependant, nous avons eu trois épisodes à -31 °C, arrivés rapidement après des périodes de chaleur et de pluie. On voyait le gazon. Ces changements drastiques sont pires qu'un hiver très froid et stable. Ça a affecté la majorité des prunus ici qui, pour la première fois, n'ont pratiquement pas fleuri. Mes pawpaws de zone 7 n'ont même pas eu un petit bout de branche gelé, et s'en sont mieux sortis que certains arbres qui ont fait leurs preuves ici.

Le 20 mai 2023, après presque un mois et demi sans gel, alors que les arbres étaient tous en feuilles et se pensaient au mois de juillet, il a fait -5 °C. C'est du jamais vu ici depuis quarante ans. Les chênes, catalpas, noyers cendrés, ginkgos et plusieurs autres ont perdu toutes leurs feuilles. Les pawpaws n'ont pas été affectés.

Quelques pawpaws qui sont très bas sur mon terrain, dans un endroit plus hostile, ont eu 2 ou 3 feuilles gelées. Mais ce qui est très surprenant, c'est qu'à des hauteurs aléatoires, la majorité des feuilles étaient intactes et quelques-unes étaient brûlées par le froid. En conditions extrêmes, l'asiminier a le pouvoir de sacrifier des feuilles pour en sauver d'autres. C'est un mécanisme que j'ai observé aussi sur certaines vignes.

Le pawpaw me semble plus adapté aux changements climatiques que certains arbres indigènes.

Tout ça pour vous dire que le jeu en vaut définitivement la chandelle, et que ce fruit si délicieux mérite qu'on le plante de plus en plus chez nous, au Québec.